Hollande, Syrie et… Casse-cou…

Que le régime syrien soit devenu très peu fréquentable, que ce qui se passe dans cette attachante contrée ressemble à un enfer, nul ne peut sérieusement le nier.

Que les nations démocratiques ne doivent pas demeurer complices de cette barbarie, c’est là aussi, un constat que tout un chacun partagera sans aucun problème.

Faut-il pour autant aller plus loin et jouer les « va-t’en guerre » ? Faut-il mobiliser une partie de l’armée française pour qu’elle aille rétablir un peu de sagesse dans une terre ensanglantée par la folie des hommes ?

Pas sûr, et même, pas sûr du tout…

Et cela pour trois raisons au moins : la démocratie, le rapport international des forces et le bon sens.

La démocratie commande, au minimum, qu’avant de se lancer dans une offensive militaire il y ait non pas seulement un débat mais bel et bien un vote de la représentation nationale car, enfin, une guerre – qu’on habille la chose comme l’on voudra, ce serait bien une guerre que nous ferions en Syrie – cela coûte cher, en argent, en armes et en munitions certes, mais, surtout, en vies humaines. Pour toutes ces raisons, ce ne serait que justice élémentaire d’interroger sur ce point le Parlement. Prière, à cet égards, de nous épargner les arguties : la Constitution et les autres règles juridiques sont plus floues que l’on ne dit sur ce point. La qualité de « chef des armées » qui est celle du Président de la République n’a jamais comporté, pour lui, le pouvoir de décider seul d’un engagement militaire. Au reste, inutile d’épiloguer sur la légalité ou l’illégalité d’un débat parlementaire sans vote et d’une prise de décision ultime par le seul pouvoir exécutif : ce n’est pas ici d’une question purement juridique qu’il s’agit mais bien d’une question, plus fondamentale, de légitimité. Or la légitimité repose uniquement sur l’assentiment populaire qui, dans cette affaire et à cette heure, n’existe pas en faveur d’une telle intervention militaire.

Le rapport international des forces ne permet pas davantage à la France de faire cavalier seul, en Europe en particulier. Les intérêts des Etats-Unis ne sont pas, dans ce dossier, les nôtres. En Afghanistan ou en Irak, à un moindre degré en Bosnie et Serbie puis en Lybie, nous disposions plus ou moins d’un mandat international (ONU ou OTAN). Ici, rien  de semblable n’existe ; les Britanniques l’ont bien compris. Déjà l’aventure malienne a été plus spectaculaire qu’efficace et aujourd’hui rien n’y est réglé. La Syrie est au milieu d’une poudrière exposée à éclater à tout instant. Un simple regard sur une carte du Proche-Orient montre à l’évidence combien les ramifications et les enchevêtrements sont multiformes, constants et très rapprochés les uns des autres dans cette partie du monde. Croit-on que l’on va pouvoir se limiter à une chirurgie nette et sans bavure dans la seule Syrie ? Ce pays a pour voisins limitrophes le Liban, la Jordanie, le Territoire de Palestine, la Turquie, l’Irak et Israël via le très convoité plateau du Golan.  Imagine-t-on ce que donnerait un embrasement de cet ensemble en majorité chaotique ?

Le bon sens enfin, nous enseigne qu’il faut savoir terminer une guerre, pas seulement arrêter les combats mais construire la paix. Or cela c’est le plus difficile. Malgré l’effroyable boucherie de 1914-1918 la paix qui devait en sortir a été ratée et, vingt ans après, il a fallu remettre le couvert pour un second épisode dévastateur, meurtrier et cruel. Que devient aujourd’hui l’Afghanistan que nous devions libérer des talibans ? Où en est l’Irak que l’on devait voir pacifié après la chute du régime de Saddam Hussein ? Qui peut dire que le Mali est désormais tiré d’affaire ? Que dire du chaos dans lequel sombre chaque jour un peu plus la Lybie ?  Tout ça pour çà !! A-t-on envie de dire.

Certes, les intentions peuvent être pures mais cela ne suffit pas.

Que nos gouvernants prennent garde à ne pas mériter le reproche que Hegel faisait de la morale kantienne, qu’il estimait sans effets pratiques : « Kant a les mains pures mais Kant n’a pas de mains »….

2 comments

  1. Excellente et pertinente analyse ! À lire et à diffuser!
    Robert Malatesta

  2. Cecile Vignes dit :

    Une argumentation parfaitement claire sur un sujet très complexe.
    Merci Mr Ricci !

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