Marseille métropole : gadget, danger ou panacée?

Depuis qu’en 2010 la loi a prévu pour les plus grandes villes françaises et leur environnement  la possibilité d’opter pour le statut de « métropole », la polémique n’a cessé d’enfler concernant le cas de Marseille. L’association Nouvelle démocratie locale vous en dit plus.

Métropole ? Vous avez dit « Métropole » ?

La gestion d’ensembles urbains importants est complexe car il y a plusieurs autorités intervenantes, les besoins sont non seulement divers mais aussi enchevêtrés et parfois contradictoires. Pour toutes ces raisons la loi a prévu un mode particulier de gouvernement de ces entités vastes et peuplées, c’est l’objet de l’institution de la métropole.

A la question de savoir à quoi sert concrètement la métropole, il est facile de répondre : à mieux gérer la complexité, à rationaliser le processus de prise des décisions et leur contenu, à éviter les « doublons », à insuffler du dynamisme, à créer un espace plus global où chaque collectivité peut s’insérer assez équitablement.

 

La métropole n’est pas la panacée.

La métropole n’est pas la panacée, d’abord parce qu’il n’est au pouvoir d’aucune réalisation humaine d’être complète et de tout prévoir, ensuite, parce que la métropole c’est un instrument, un moyen mais non une fin.

C’est ensuite après la création de la métropole, qu’il appartient aux élus et à la population de s’emparer de cet outil pour le faire vivre et le mettre au service de tous. Cela s’obtient par une utilisation plus judicieuse des deniers publics, une meilleure coordination entre les divers projets urbains (transports, eau, réseaux, urbanisme, santé publique, éducation…), une amélioration substantielle de la collaboration entre les services publics et les entreprises. Surtout, la métropole permet aux décideurs publics de disposer d’une marge de manœuvre importante en raison de la taille critique atteinte par une métropole. C’est pourquoi le législateur a mis la barre assez haut pour accepter la création des métropoles françaises.

Marseille est une métropole disputée.

Au regard de la loi, il ne fait aucun doute que l’aire d’agglomération que constituent Marseille et une quinzaine de villes alentour satisfait à tous les critères fixés par les textes pour que soit créée une métropole dans cet espace urbain.

Il faut mettre à part Paris qui relève d’un statut spécifique pour plusieurs raisons et qui est, depuis longtemps, une métropole de fait (existence d’un syndicat des transports parisiens, organisation particulière de la région Île-de-France, projet du « Grand Paris », etc.).

Toutes les grandes villes françaises ont opté pour la forme de la métropole. D’où la focalisation sur Marseille puisqu’aucune décision n’a, pour l’instant, créé cette métropole marseillaise.

Où est, alors, le problème ?

Pour simplifier, il est double : d’un côté, c’est l’éternelle attirance-répulsion du « gros » et du « petit », de l’autre côté, il y a les conséquences politiques de la création d’une métropole.

En premier lieu, il n’est pas douteux que Marseille c’est un gros morceau et que Marseille est une ville pauvre. La métropole est susceptible de comprendre, outre Marseille, une quinzaine de villes, dont Aix-en-Provence, superbe fleuron provençal, réputée riche, qui a une image internationale très flatteuse. Peu ou prou, il y a deux craintes chez les autres communes : d’abord, la crainte de se faire « manger » par Marseille, de s’y dissoudre, d’y perdre son âme, car aucune n’est de taille à faire jeu égal avec elle, ensuite, la crainte de s’appauvrir pour voler au secours de la métropole en grand péril économique et social. En somme, il est reproché de construire une usine à gaz qui ne servirait à rien car le pauvre ne deviendra pas riche et les riches s’appauvriront.

En second lieu, il est certain que par son poids économique, son étendue, ses finances, son budget, ses agents, etc., Marseille métropole changerait fortement la donne aussi bien dans les rapports avec les intercommunalités qu’avec les collectivités départementale et régionale. Surtout que, à terme et inéluctablement, comme on le voit ailleurs dans le monde, la métropole a vocation à devenir une collectivité territoriale pure et simple se substituant à l’ensemble de ses composantes et difficilement contournable par le département ou même la région.

L’avenir est  pourtant à la métropole.

Il ne faut pas nier les risques et les difficultés d’une telle entreprise. Cependant, la raison devrait l’emporter car tel est le sens de l’histoire.

Marseille a trop longtemps tourné le dos à la terre quand sa richesse venait de la mer. Aujourd’hui, cette mer ne fait plus la force de Marseille. Il lui faut établir des solidarités puissantes avec tout son environnement. Non seulement, il faut aider Marseille mais une Marseille forte, en retour, apportera énormément à toute la conurbation concernée. Il faut arrêter la misérable comptabilité des gains et des pertes, la crispation sur un patriotisme communal aussi vain que les réflexes identitaires et la discrimination envers une ville qui ne mérite pas, loin s’en faut, cet excès d’indignité.

Le gouvernement, qui, par nature, voit les choses de plus haut et pour le long terme, a clairement annoncé la couleur. Il y aura une métropole et si celle-ci ne se fait pas sur une base volontariste, ce sera la solution d’autorité, c’est-à-dire le recours à la loi. Manière de dire que l’enjeu est trop important pour que l’on puisse prendre le risque de rater ou de mal engager l’aventure de la métropole pour Marseille.

Jean-Claude RICCI

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